"Les hauts murs de ma vie ne sont pas des visages
Que le premier venu peut flatter de la main
Croyez-vous que je puisse habiter une cage
Où l'on vienne en pitié me jeter quelques grains
Quelques déchets d'un ciel dont la plus grosse part
Ne pourrait contenter mon appétit humain
Ceux qui frôlent ma vie ne se demandent guère
La vivante raison que j'aurais d'exister
Si coupé pour toujours du reste de la terre
Il m'arrivait entre ces murs de demeurer
Je saurais vous trouver la place insupportable
Que depuis si longtemps vous occupez en moi
Vivants plus indécis que des châteaux de sable
Que le seul bruit du sang dans la poitrine effraie
Et je vous parlerais comme si de vous-mêmes
Rien ne subsistait plus qu'un feuillage discret.
(René Guy Cadou, Hélène ou Le règne végétal)