"Certaines personnes trouvent que la cité de la Victorine ressemble à un vaisseau spatial, grand et rond, abandonné au milieu d'un terrain vague par des martiens négligents. Elles se trompent. En fait La Victorine ressemble à l'arche de Noé.
Le bon Dieu a fourré là-dedans tout un tas de gens disparates. Il y a rassemblé toutes les couleurs de peaux aux pigments de la terre, du beige de sable au chocolat de fer. Il y a mis tous les âges, du bébé au vieillard. Tous les caractères, de l'agneau à la hyène. Tous les sexes du féminin au masculain. Plus quelques saints et quelques criminels.
Quand la cité a été pleine et tous ses appartements occupés, il a déclaré complet et il a ordonné aux hommes d'y faire passer quatre bus par jour.
Enfin, il a placé La Victorine au bord des étangs de Thiais, au large d'Amiens. Comme ça, le jour où monteront les eaux du nouveau déluge, La Victorine flottera triomphalement sur le monde, enserrant dans ses flancs de béton un échantillon sincère de l'humanité." (p.9-11)
(La prédiction de Nadia, Marie Desplechin)