• Eblouissement

    Anna de Noailles (1876-1933)

     

     

     

    Surprise

     

     

     

    Je méditais ; soudain le jardin se révèle

     

    Et frappe d’un seul jet mon ardente prunelle.

     

    Je le regarde avec un plaisir éclaté ;

     

    Rire, fraîcheur, candeur, idylle de l’été !

     

    Tout m’émeut, tout me plaît, une extase me noie,

     

    J’avance et je m’arrête ; il semble que la joie

     

    Etait sur cet arbuste et saute dans mon coeur !

     

    Je suis pleine d’élan, d’amour, de bonne odeur,

     

    Et l’azur à mon corps mêle si bien sa trame

     

    Qu’il semble brusquement, à mon regard surpris,

     

    Que ce n’est pas ce pré, mais mon oeil qui fleurit

     

    Et que, si je voulais, sous ma paupière close

     

    Je pourrais voir encor le soleil et la rose.

     

                            (Les Eblouissements, 1907)


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